Après avoir contribué à approfondir les puits du village, nous souhaitons aider les villageois à construire un poulailler

Enewje, le rêve de Mohamed Lemine Boukheir Debout derrière des dunes qui semblent à chaque instant marquer la fin du monde apparaît soudain un village. Quelques bâtiments de pierres, des tentes, des enclos pour les animaux, une petite mosquée et une école sont posés là dans ce décor de fin du monde.

Dans l’or du crépuscule, battu par le vent d’hiver, le rêve de Mohamed défie la désolation. Des enfants courent avec les chèvres et les vaches promènent leur nonchalance sous l’œil attentif de leur petit berger. Des femmes s’affairent, leurs tous petits agrippés à leurs robes colorées. Les hommes du village nous accueillent dans la tente et c’est devant le thé et les dattes, à la nuit tombée, que le « vieux » commence le récit de sa vie qui se confond avec celle de son village. Ce soir du 23 janvier 2018, Mohamed m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « je n’ai pas fait de grandes études, mais il y a une chose que j’ai appris dans ma vie, c’est de lire dans le cœur des humains et je crois que je peux te faire confiance, alors je vais te raconter ma vie. »

Mohamed Lemine Boukheir est né dans l’Adrar mauritanien, le 15 décembre 1938. C’est un monde hostile et minéral qui accueille son premier souffle… il est fils du vent et de la poussière. Tenewchert est le village qui le voit grandir : une palmeraie maigrichonne nourrie de sable et d’eau salée. Les habitants de ce village se serrent dans des huttes de branches et dans des tentes. Parfois Allah a pitié du petit peuple des dunes et permet que la pluie ensemence le désert et offre des pâturages nourrissants aux troupeaux. Mais bien souvent c’est la sécheresse, la faim, la soif et la malnutrition qui rendent la vie de ces êtres fragile. Mohamed Lemine Boukheir a grandi et avec lui la rage de vivre malgré tout… un homme droit et debout. Il a maintenant une femme et des enfants et il est responsable de leur avenir. Il est temps de partir de Tenechwert pour tenter de trouver un lieu où faire grandir ses enfants et nourrir ses troupeaux. Durant les veillées de son enfance et de son jeune âge, il avait entendu dire les vieux que quelque part dans ces terres arides, il y a un endroit où l’on peut trouver de l’eau douce. Alors un jour, il prend sa famille, ses troupeaux et s’en va chercher ce lieu dont ont parlé les anciens. Dans le premier endroit où il pose sa tente, il trouve effectivement de l’eau, mais ici aussi elle est salée et tant pour boire que pour abreuver les animaux ou faire pousser des palmiers, ce n’est pas l’idéal. Alors convaincu que les anciens n’ont pas rapporté des faits erronés, il cherche dans la région cette terre promise et finit par trouver de l’eau douce. Lui et les siens creusent deux puits et ils s’installent là avec leurs troupeaux. Il a convaincu quelques familles de se joindre à lui et la vie s’écoule au creux des dunes.

Mohammed veut que ses enfants reçoivent une bonne instruction et il s’adresse au gouvernement pour que les enfants d’Enewje et des environs puissent bénéficier de l’école. Comme il n’a pas d’argent, il prépare une belle tente bédouine et c’est dans ce lieu que le premier enseignant dispense son savoir aux enfants du village et des environs. Dès qu’il a quelques sous et surtout de l’énergie, Mohammed et les autres villageois construisent une petite école en pierre. Plus tard, c’est une ONG espagnole qui construira l’école qui est encore en service actuellement et reçoit 57 élèves. Et le directeur et enseignant de l’école est Ali Cheikh, le fils de Mohammed, qui a été l’un des élèves sous tente.

Le temps a passé, Mohammed est devenu grand-père et probablement même arrière-grand-père. Mais la force de vie ne le quitte pas. Il veut que vive Enewje… Mais ce n’est pas facile, car les puits ne sont plus assez profonds pour assurer l’eau en suffisance. Un puit avec une pompe électrique avec un panneau solaire a été construit par le gouvernement, mais toute l’eau qu’il produit doit être utilisée uniquement pour abreuver les troupeaux du village et de toute la région. Le contrat passé avec le gouvernement interdit l’utilisation de cette eau pour autre chose.

Mohamed a continué son récit en disant : « j’ai trois rêves pour mon village, pour que vivent mes enfants. » Aujourd’hui, les puits ne donnent plus suffisamment d’eau pour permettre de cultiver au moins quelques légumes pour donner des vitamines pour les enfants et de la luzerne pour les animaux, ils n’offrent même pas assez d’eau pour que les palmiers de l’oasis prospèrent. Il faut dire que la sécheresse sévit depuis 2012. Mohamed a fait venir un géologue qui lui a assuré que la nappe phréatique est suffisante, mais il faut creuser et creuser coûte cher… et ici à Enewje l’argent est rare. Le premier rêve est donc de pouvoir creuser les puits plus profondément et permettre une petite agriculture. Le second rêve, si l’eau et les légumes sont là, c’est de construire un poulailler pour avoir des protéines pour nourrir les enfants surtout et les grands aussi. Et le troisième rêve, si les deux autres se réalisent serait de pouvoir construire un poste de santé qui permettrait d’assurer la santé des habitants d’Enewje et des villages environnants, parce qu’aujourd’hui, hors des routes principales, ils sont trop loin pour avoir accès à des soins et beaucoup trop d’enfants et de personnes malades meurent, faute de soins. La région comprend . Enewje : 8 familles . Rasezire 2km 10 familles . Itelaitene 3km 8 familles . Eletat 4 km 9 familles . Btah Om Khamle 6km 6 familles . Ebguelele 5km 8 familles . Ntemadi 10km 9 familles . Tenewchert 10km 13 familles . Rghewiye 20km 15 familles . Doueirat 20km 7 familles Ce soir-là, j’ai écouté ce récit, le cœur battant… que pouvais-je dire à cet homme qui portait des rêves si grands et qui les déposait à mes pieds avec son cœur. Je suis restée là et c’est comme si ses rêves sont entrés dans mon cœur. A la fin du repas, avant que nous allions nous coucher, j’ai demandé à Mohamed de me donner le devis pour le puit. Il m’a dit qu’il me le donnerait le lendemain. Dans la journée du lendemain, nous avons visité le village et les puits. Le vieux a mis trois pierres dans mes mains, trois cadeaux qu’il m’a offerts, des bifaces du néolithique qu’il a trouvés au cours ses pérégrinations dans le désert. Et ce sont trois fardeaux qu’il a posés dans mon cœur pour que vive ce village et ses enfants, une pierre pour chaque vœu : Le premier va pour les puits Le second pour le poulailler Et le dernier pour le poste de santé Avec l’aide de Dieu, j’espère les réaliser tant que ce père vivra encore. Le lendemain soir, lors du repas, Mohamed Lemine est venu avec un papier sur lequel figurait le devis pour les travaux : 1’850’000 ouguiyas (5400.- CHF environ). Il m’a montré le devis et il m’a montré aussi qu’une part de cette somme, 400’000 ouguiyas pouvait être prise en charge par le village. J’ai réfléchi juste quelques minutes et fait un rapide calcul mental… J’ai regardé Mohamed dans les yeux mais jusqu’au fond de son cœur et je lui ai promis qu’au début du mois de mars il recevrait les 1’450’000 ouguiyas pour le puit. Je lui ai dit que pour l’instant, je ne pouvais pas lui promettre plus, qu’il fallait creuser le puit et si vraiment il y a de l’eau et que l’on peut cultiver, alors on verrait pour les deux autres rêves. Je lui ai dit que je lui enverrais l’argent, mais qu’il y avait une seule condition… Cet instant est resté comme un instant suspendu dans le temps et c’est à ce moment que j’ai su que Mohamed Lemine Boukheir allait devenir mon père. Il m’écoutait avec un grand sérieux et je sentais que c’étaient nos deux âmes, au-delà de tout ce qui nous sépare qui étaient unies en un seul rêve. Je lui ai dit : la seule chose que je te demande en échange, c’est que tu me promettes de murmurer mon prénom dans le vent du désert pour qu’il voyage sur les dunes et que mon âme vive au-dessus d’Enewje. Il aurait pu rire de cette demande, se moquer de moi et de mes drôles d’idée… mais non, il m’a prise au sérieux. Il m’a promis non seulement de murmurer mon nom, mais aussi de me porter dans ses prières. Mohamed Lemine Boukheir est devenu mon père. C’était le 23 janvier, j’ai scellé un pacte avec ce vieil homme, parce qu’en m’ouvrant son rêve, il m’a offert une oasis où poser enfin mes racines… et tant qu’il dira mon nom dans le vent de l’Adrar, tant que quelqu’un le fera, lui ou un autre, je sais que j’aurai enfin ma place quelque part. Dans les jours qui ont suivi, j’ai décidé qu’en rentrant en Suisse, je créerais une association dont l’objectif serait de soutenir le développement d’Enewje et de ses environs. Début mars l’association a vu le jour sous le nom de « Pour que vive Enewje » et le 6 mars 4’192.- soit 1’450’000 ouguiyas sont partis pour le creusement du puit… Fin mai les puits sont terminés… En avant pour le poulailler!

Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. » Alexandra David-Neel

Ce projet est le produit d’une rencontre humaine. Chaque centime va directement au projet… tous les frais autres sont à ma propre charge.

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Nous allons pouvoir acheter le matériel pour l'infrastructure ainsi que les poules et coqs

L’argent servira à acheter les matériaux indispensables à la construction du poulailler, les animaux et leur nourriture