Pour un laboratoire d'artiste en mer

Marémotrice résidence, itinérante, errance sur l’eau, un laboratoire d’artiste en mer

Vous a-t-on déjà parlé de la qualité de la lumière, là-haut vers le pôle? Vous a-t-on déjà décrit le bruit que font les glaçons quand ils s’entrechoquent dans la brume ? Et la couleur d’un iceberg renversé, c’est comment ? En partant naviguer dans les eaux du grand nord et en s’imprégnant de cette atmosphère polaire pendant 3 semaines, nous entendons faire un travail de documentation subjective sur une région en pleine mutation, tout en portant l’attention sur les changements de l’océan et les communautés humaines vivant près des pôles. La résidence est organisée par l’association Marémotrice dont la démarche consiste à confronter différents regards sur les régions polaires. Le bateau de l’association sert de maison, d’atelier et de moyen de transport. Il offre une grande liberté de mouvement permettant de naviguer dans des endroits accessibles par aucun autre moyen. L’idée est de voyager avec une logistique et des moyens légers et peu coûteux.

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La côte est du Groenland-Kulusuk

Le lieu de départ et d’arrivée est KULUSUK sur la côte Est du Gronenland. Kulussuk est un village de 300 habitants environ doté du seul aéroport de la région. Les montagnes alentour culminent à près de 3000 mètres et les glaciers plongents dans la mer glacée. Les glaces de mer y sont présentes même en été et les habitant-es ont été plus rare que sur la côte ouest à s’installer à cause de cette barrière naturelle non négligeable et du courant polaire venant du Nord qui conduit à un climat beaucoup plus rude. Cette zone est mal cartographiée, et plus engagée au niveau de la glace. Le parcours va dépendre de la météo et de l’état des glaces. Nous partons 3 semaines sur le KNUT, voilier de 15m de l’association marémotrice et une semaine à terre, à Kulusuk pour un atelier de transmission et d’échange avec les habitant.es. S’inspirer d’un environnement extrême tout en vivant dans une promiscuité quotidienne, à six dans un espace clos de 15m2, constitue le point de départ de l’expérience. Mais la question du rapport des êtres humains à leur environnement dépassera le cadre du voilier. L’équipe compte partir à la rencontre de la population et réfléchir à l’identité culturelle d’insulaires aux traditions ancestrales en voie de dispartions.

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besoin de votre aide

LE BUDGET:

Le budget total de l’expédition se monte à CHF 22’400 pour 4 artistes et 2 membres d’équipages. Nous espérons récolter grâce à votre soutien la somme de CHF 16’000 ( CHF4’000.- sont demandé à chaque artiste en résidence sur le voilier).

Les frais incluent:

l’amortissement du bateau les taxes portuaires les assurances (obligatoire) le matériel de défense contre les ours polaires (fusées individuelles, munitions et amortissement des deux carabines) le combustible (diesel, bois et gaz pour le moteur, la cuisine et le chauffage) la nourriture pour un mois le matériel de communication satellite

QUATRE ARTISTES :
  • ANAÏS AÏK / écriture, peinture, installation sonore

Après avoir obtenu un CFC à l’Ecole des arts appliqués(GE) dans la section illustration/bande dessinée, j’en ai eu assez de la BD. Je voulais me détacher du récit, je voulais être libre. J’ai par la suite fait un bachelor à la HEAD (GE), actuellement je termine un master en art visuel à l’ECAL.

Je ne connais pas cet en-haut, son froid, sa lumière. Je regarde d’en-bas, de là ou je me trouve, d’ici, de chez moi et autour. Ce que j’observe je le retranscris, je l’écris ou le peins. Je travaille sur beaucoup avec les éléments d’entre deux. L’attente, cette attente m’amène à parler de lumière, de bruits, d’écoute et du presque vide. Entre deux eaux, un état qui n’a ni forme définie ni consistance figée, quelque chose qui serait en perpétuel mouvement. Cette chose qui tend vers un autre ici, là-bas, ailleurs. Attendre, c’est faire rien. Pas ne rien faire, mais bien faire quelque chose que nous n’avons pas souvent le temps de faire: rien. Et dans cet espace, se libère une multitude de formes, se déclinent des observations de petites choses ténues qui se révèlent à l’instant vide. Faire avec ce qui ne s’observe pas. Dans ce sens le quotidien, la routine, le rythme, la répétition des mots, des gestes sont le terreau ou plutôt le plancton de mon travail. Alors pourquoi là-bas, là où il fait froid, là où le temps n’a pour ami que la lumière. Là où l’air sent la glace, et où les bruits sont engloutis. Cette lumière qui se décline en divers états et ce temps qui, entre les morceaux de glace, s’étend pour n’être que ce qui est. Je ne sais pas. Je suppose, je fais des projections sur un espace qui m’est inconnu. La projection qui porte en elle-même le statut d’attente, est une attente sans définition fixe. Comme l’eau ou la lumière qui n’ont de cesse de s’enrouler et se dérouler, à l’intérieur de micro-moments continus, incessants. Et le bruit du silence… Est-ce que le silence sonne différemment là-haut? C’est évidemment une fausse question qui pourrait être reformulée par: comment sonnent le silence entre l’obscurité du vide arctique et la coque d’un bateau?

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  • COLLINE GROSJEAN / textes, mise en scène, installations, dessin

Ma pratique artistique a évolué avec le temps de la sculpture, l’installation, le dessin, la photographie vers les arts vivants, la performance, la musique. Je travaille en ce moment à la création d’un spectacle pour le Théâtre de l’Usine à Genève en novembre 2019. Je m’intéresse pour ce prochain texte aux lieux et aux dynamiques qu’ils entretiennent avec les humaines, à notre capacité intime et collective de construire de nouveaux mondes au milieu de la catastrophe, à la formation d’imaginaires féministes. L’expérience collective sur le Knut sera le support rêvé de la conception de ce spectacle. Je pars pour écrire, dessiner, enregistrer, graver mais aussi rencontrer, les humain.e.s, les animaux et les lieux. La découverte de cette résidence qui permet de mêler des pratiques artistiques à un voyage en voilier en milieu polaire est pour moi naturellement pleine de promesses en terme d’inspiration et d’expérimentation.

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  • OLIVIA BYRNE-SUTTON / dessin, peinture, écriture, sculpture

Il y a bientôt un an, suite à une blessure qui stoppa abruptement ma pratique acrobatique, je fus plongée dans une période d’immobilité extrême propice à la contemplation… extrême. L’expérience corporelle de la douleur chronique et les investigations méditatives que j’entrepris pour m’en soulager furent l’occasion de ré-expérimenter le corps, l’art et le vagabondage sous d’autres angles. Par le biais de différents médiums tels que le dessin, la peinture, l’écriture et la sculpture, j’aborde la notion de «construction» du réel. Ce qui m’intéresse, c’est d’interroger notre position «d’acteur.trice.s» au sein des circonstances qui formulent notre existence. L’apoplexie du monde contemporain industrialisé, la rupture entre l’individu.e et la Nature qui l’a créé me questionnent. Notre désir de sérénité est-il devenu insaisissable et insatiable, tel un sirop grenadine que nous tenterions de boire avec une paille trouée, pour mieux pouvoir nous plaindre d’avoir très soif ? Quoi qu’il en soit, l’errance est un art de vivre et un modus operandi que je défends avec ferveur. La dérive, le détours et les broderies de l’espace et du temps, est à mon avis un remède au cloisonnement des personnes et des choses. Un voyage à la voile en mer glacée ? En voilà une expérience inouïe, fascinante, incroyable… et particulièrement propice à l’impromptu. Quel que soit le médium artistique qui donnera matière à faire, je me réjouis de l’état sauvage, du son et de l’onde.

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  • MARYLAURE DECURNEX / dessin, gravure, sérigraphie

Ce sera en été 2019 ma deuxième participation à une résidence de MaréMotrice, et ma troisième visite de l’Arctique. Pour provoquer l’imprévu, je pars sans beaucoup de matériel spécifique pour travailler avec ce qu’il y a et ce qui arrive. Je dessine aussi pour documenter. S’imprégner de ces terres arides, des sons et des couleurs de la glace qui fond, du jour permanent et d’eau salée. Rendre le témoignage de ses rares habitant·es humain·es, des rennes, des morses, des baleines à bosses, des cochons sous-marins ou des crabes yeti. Je me forme d’abord comme décoratrice aux musées de Nyon puis travaille comme peintre et accessoiriste dans des théâtres. En 2003, j’entre à la HEAD ou je me forme en dessin, performance, film d’animation et vidéo. J’ouvre l’atelier cho! ucroute (dessins et film d’animation) à Nyon avant de partir en voyage à vélo juqu’en Mongolie et au Japon où je découvre la gravure sur bois traditionelle. A mon retour en 2012, je me forme à l’atelier de gravure Gegrave à Genève. Puis ouvre un an plus tard, avec le collectif Zone Hors Poussière, l’atelier du même nom, imprimerie artisanale et expérimentale à Agiez devenu depuis lors l’atelier des Mains sales à Orbe ou je pratique la gravure, la sérigarphie la typographie et le dessin.

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